06 février 2007

Campagne Présidentielle 2.0

Comme le constatent un certain nombre d'observateurs, les Français ont beau sembler blasés par la politique et ceux qui la font, les audiences n'ont jamais été aussi fortes concernant les émissions politiques télévisées.

Dans ce contexte schizophrénique ("Oh non ! On parle pas politique, hein ! En tous cas, pourvu que ça soit pas Machin qui soit élu !"), les attitudes des futurs votants se font nettement plus tranchées, voire tranchantes. Tous les moyens sont bons pour être élu, c'est une certitude, que d'aucuns remettent en Une, histoire de bien fixer les choses pour ceux qui estiment encore que seul le combat d'idées (ou le combat de sabre laser, au choix) vaut la chandelle.

Et puis il y a les doux rêveurs. Ou les marketeurs de feu, peu importe. Ceux qui balancent une vidéo ou mieux, une chanson. Pour coller à l'air du temps. Ou pour coller au tempo d'un candidat. On aime ou non, comme d'habitude. Mais franchement, vu qu'on a tous environ 1 chance sur 2 de perdre, autant s'amuser avant, non ? 

 
 

K Bayrou
envoyé par FanofFB

27 juin 2005

Souvenirs du siècle dernier

Aller dans les soirées aussi, ça porte bonheur. Tu viens quand tu veux, j’sais pas, huit heures. Ou alors tu t’amènes à minuit avec un bouquet de fleurs, ça fait toujours... classe. Avant le permis, c’est toujours le bordel pour emmener, ramener, y en a qui vomissent sur les sièges ou dans la boîte à gants, charmant, toujours les mêmes, à croire qu’ils viennent juste pour entretenir leur légende et décrasser le bar. Vers une heure du matin, ces mecs-là sont courbés au-dessus de la cuvette des toilettes, seuls et pâles dans leur odeur d’alcool. Quand tu vieillis, tu apprends à boire, proprement pour changer, si possible. En plus, un mec triste qui se pète comme un coing va finir par vomir et pleurer en même temps, moi ça me gêne, je ne suis pas du genre à traîner les gens au-dessus de la baignoire pour leur rincer la figure et pour les y laisser finir la nuit. Ceux qui veulent se bourrer le font sans moi, alors ça loupe pas : je récupère la mention « chiant » . Surtout que ces types-là, le lendemain, ils sont les premiers à engueuler la terre entière parce qu’ils ont raté les trois-quarts de la soirée - qui était bien plus agréable sans eux, mais l’unique fois où j’ai dit ça, je me suis pris une canette de bière en plein front - et tout de suite après ils s’arrêtent de crier parce qu’ils ont mal au crâne. La gueule de bois aussi, ça s’apprend vite, avec l’âge. En fait, ces gens ne sont pas un véritable ennui, tout le monde les repère assez vite et s’écarte à temps avant de devoir changer de pantalon.

Je n’ai pas participé à trente-six soirées différentes. Les nuits-bourrage de gueule, j’ai suffisamment donné, merci... Ca se passait le plus souvent chez Julien, grand buveur raisonnable devant l’Eternel. Denis, sensiblement moins judicieux, se ramenait avec des mixtures étranges - ce mec buvait du parfum, il était DINGUE ! - et se détruisait tout seul dans son coin pendant un certain temps, avant d’aller lier connaissance aux toilettes ou à la salle de bains...
Mais le principe même de la soirée étant de finir à plat ventre, suant, crachant, puant l’alcool, les « invités » s’en donnaient à cœur joie. Au bout d’une heure, premiers dégâts. La table aurait dû être recouverte d’une nappe, ça dégouline. Les premiers pleurs. La copine qui console, une bouteille de Kro à la main. Ambiance... Une fille à poil dans la baignoire que les dernières personnes à peu près sobres aspergent d’eau froide pour la laver, la réveiller. Tu veux à boire ? Y a plus que du rhum, désolé... Tout le monde doit finir la soirée déchiré, sous peine de passer pour un traître et d’ailleurs ça n’est jamais arrivé.
C’est au cours d’une de ces beuveries digne des plus belles orgies romaines, que Denis est sorti en courant de la maison des parents de Julien, il voulait aller à la piscine, il était deux heures du matin passées, sans réfléchir je me suis mis en tête de le ramener, j’ai démarré à cinquante mètres derrière lui, j’ai senti Julien à mes côtés, on jouait au foot ensemble, on a accéléré, les maisons défilaient dans la nuit sous les réverbères, je traversais les rues tellement vite que je n’aurais pas pu m’arrêter si jamais une voiture avait surgi, mes semelles claquaient sur le bitume, Denis cavalait à quarante mètres devant, en descendant l’avenue, il était imbibé comme un sucre, Julien me doubla, j’avais cet air de Dire Straits, Sultans of swing, qui me vrillait le cerveau, une vraie flèche de feu, plus que vingt mètres, dix mètres et Julien l’a attrapé par le bas du pull, Denis nous a regardé en souriant : « J’ai oublié mon maillot, c’est vrai... » .
Peu de soirées comme ça. Tant mieux, le lendemain il fallait que j’aide à nettoyer la moquette dans le salon et les murs de la salle de bains. Je n’ai pas encore compris ces mecs et ces filles défoncés dont on a pris des photos, ils sont heureux, regardez, j’ai mis de l’ecstasy dans le whisky, merde, il va falloir boire, tu crois ? Non, c’est jamais arrivé, Julien a pulvérisé le premier mec qui s’est ramené avec des trucs louches. De la dure, je veux dire. Il n’est jamais revenu.
Je n’ai jamais vu Sophie dans ce genre de soirées. Moi, j’y allai uniquement pour la première gorgée de bière et pour voir, putain, comment on est seul et malheureux, même quand ils fait nuit et des copains qui se saoulent à mort et les couples qui se font se défont se défoncent dans la chambre des parents, excusez moi j’ai mis mon manteau par ici, ouais, je m’en vais, je regarde pas, allez, bonne nuit. Bonne nuit ! Pfff...

Non, les soirées où l’on rencontre la planète entière, même le voisin qui flashe sur ta copine, les passages obligés, ce sont les soirées où l’on mange, où l’on boit, où l’on danse. Surtout celles où l’on danse. Pour éliminer un maximum de trucs dans le sang. Des nuits un peu plus humaines, somme toute. Je me rappelle des débuts du rap, c’est loin, au collège quand les mecs médusaient l’assistance et les filles en balançant bras, jambes et tête. Je ne sais rien danser, alors que Laurent se distingue dans le rock, il est excellent d’ailleurs, j’attends les slows. « J’emballe sec » , faisait Bedos. Je me souviens des Bangles et de Sophie qui me bousille les tympans, de Whitney Houston et de Raphaëlle qui me serre fort parce qu’elle a peut-être un peu trop bu, je crois que je n’ai dansé avec Julie qu’une seule fois, je peux me tromper, c’était sur la bande originale de Top gun... Take my breath away... Elle rajustait sa tête sur mon épaule toutes les trente secondes, derrière mon dos Raphaëlle souriait dans les bras de Laurent, et puis, rarement, avec des filles inconnues, tu te tapes une mini-érection, du genre dix secondes, automatique, qui t’oblige à courber les reins vers l’arrière pour ne pas te faire remarquer, c’est là que tu te demandes généralement ce que tu as bu ces dernières heures...
Cette nuit, je n’ai pas envie de parler des slows pendant lesquels j’ai été malheureux, merde, à voir passer Julie et Sophie dans les bras de n’importe quel type qui ne les méritait pas, je n’ai jamais craqué, ce soir non plus. Sophie serait sûrement dans son lit, à l’heure qu’il est, vivante, si je lui avais dit... Non ! Quelle idée ! Ce n’était pas ses soirées préférées, elle préférait plus d’intimité, à quatre ou cinq. Ou à deux. Mais là, bouffe en quantité industrielle, de trente à cinquante personnes suivant la taille de l’espace proposé, énorme chez Raphaëlle, mais le jour où le voisin a pointé sa carabine sur Denis qui braillait dans la rue Red red wine d’UB 40, on a compris que le mieux serait de calmer le jeu. Le voisin est parti, on n’a jamais rien dit à Raphaëlle, elle en aurait été malade. C’était une époque où chacun de nous ne bossait plus tellement, coup de pompe collectif, le réveil fut difficile. Chez Julien, on mettait à chaque fois vers trois heures Sunday bloody sunday et on enchaînait sur Nirvana. Trempés de sueur, débraillés, à nous tenir par les épaules, à sauter, les chemises et les jupes volaient, torses nus sous les cris de la ronde et de la batterie qui fait exploser les enceintes il n’y avait plus personne dans les fauteuils sur les sièges dans l’ombre loin que la musique qui nous envole et se déchaîne en stéréo les têtes se renversent se cognent repartent dans un sourire mouillé et le solo final de guitare cloue définitivement le sourire qui attend de se désaltérer de partir dans un coin s’effondrer dans un fauteuil ou je ne sais quoi.

Des soirs, l’ambiance est sympa du début à la fin, ceux qui veulent rentrer s’en vont un peu chancelants, ceux qui sont trop crevés restent dormir, les autres, « le marécage » , va s’entasser dans une pièce se regarder un film ou reste sur la piste de danse aligne les fauteuils et choisit de la musique douce et parle doucement en fermant presque les yeux. Je me souviens d’Egide qui s’abat, épuisé, dans un vaste fauteuil en cuir. Il halète et je le regarde tranquillement, il doit être très tard ou très tôt, c’est selon, dix personnes ne sont plus capables d’émettre le moindre son, enchevêtrées parfois, quand il n’y a plus de places le monde s’abandonne au silence et à la nuit aux respirations rauques et au feulement de la chaîne qui a hurlé si fort tout à l’heure. Egide se lève et titube jusqu'à la rangée de disques - il en choisit un au hasard, je le sais, nous le voyons tous et le laissons faire, à la faible lueur des cristaux liquides bleu vert, il veut juste du piano - il place la rondelle sans bruit, chacun retient un souffle chaud et attend le léger déclic du tiroir, Egide augmente très légèrement le volume, petit gazouillis électronique, personne ne sait, tous ont confiance, les premières notes retentissent. Personne ne dit rien, silence devant cette musique qui s’élève et transporte, Egide est fasciné par l’atmosphère qui se crée, les gens respirent encore plus bas, ils ne se rendent compte de rien, certains s’endorment, ferment simplement les yeux et je reconnais le Concert à Cologne de Keith Jarrett. Egide est foudroyé, crucifié au fauteuil, il restera le dernier dans la pièce, et après un truc comme ça, personne n’a le cœur de relancer sur de la techno ou de la dance... Ces moments sont mes préférés, ceux auxquels il faudrait arriver, le temps sans paroles, juste des gestes qui glissent sans appuyer, sans regard, nous devenons tous des ombres en pleine nuit, j’y reconnais mes sentiments, j’y traque mon émotion, cette espèce d’absence de motivation qui confine à l’apathie, trop éclatante pour être sublime, trop triste pour être victorieuse, ce long tentacule qui rôde entre mes veines, qui aspire ma volonté et boit mon courage, ce sentiment qui est peut-être un détachement total, un désintéressement qui garantit une liberté absolue, ce même état d’esprit enfin, qui pousse à regarder le plafond pendant des heures, couché sur le dos, et dont la fin est à l’image de l’origine : un néant entre deux rives infiniment proches.
Ce que j’aime dans une soirée, c’est voir comment elle évolue. Généralement, plus la nuit s’avance, plus je cherche à retrouver mes amis, sans qui la saveur du moment ne serait pas la même. Il arrive des fois où la magie opère, on ne sait pas pourquoi, on se rejoint, ahuri, presque effrayé de se trouver là, tête contre têtes, les bras autour des épaules des autres, dans une ronde serrée de cinq personnes, Raphaëlle, Sophie, Julie, Laurent et moi, le visage baissé vers le sol, en fermant les yeux, tandis que la voix de McCartney enveloppe notre cercle et les Let it be résonnent, et puis au milieu de la chanson, nous commençons à nous regarder, à nous sourire, si heureux que tu sens ton cœur gros comme un poing prêt à imploser, serré serré, tu fais comme si de rien n’était, tu ne parles pas, elle soupire les mots de la sagesse pendant que ton cerveau se déconnecte et nous sommes là à tourner à danser pour l’éternité au milieu des nuages brillants qui se dispersent comme de petits oiseaux de glace...

Les survivants se retrouvent au petit matin, presque à l’aube, la mine défaite de ceux qui ont eu plaisir à ne pas avoir dormi, le café est chaud, il est clair comme de l’eau de source, pas grave, il va falloir repartir, deux dorment encore, on chuchote en se passant le sucre et les derniers morceaux de pain, la chaîne s’est enfin tue devant l’ampleur du champ de bataille : disques à même le sol, verres renversés, cendriers pleins, et cette odeur, cette odeur !
Finalement, les héros se séparent et vont reprendre le corps à corps. C’est le moment que choisit Sophie pour se mettre au piano, que ce soit chez elle ou chez Julien. Je ne sais pas pour les autres, quand elle joue la Sonate au clair de lune, je sais que j’ai bien fait de rester jusqu’au bout, de ne pas me rendre, la récompense ultime qui chavire la barque une dernière fois, je reste béat d’admiration à l’écouter déverser le plaisir sur mon âme et je l’aime. Puis la vie reprend ses droits. La nuit perd les siens, le matin se fait roi et le temps coule...

Je préfère l’intimité des réunions en petit comité. Sans nécessairement danser, souvent il n’y a pas la place, les corps remplissent l’espace. Sans forcément manger, parfois le cœur crie famine trop fort pour rassasier l’estomac. La mini-chaîne ou la radio se font oublier dans un coin, et chacun cherche la meilleure musique sans jamais réellement y parvenir, elles symbolisent le monde extérieur, le cordon qui fuit de la bulle et lui révèle son existence miraculeuse. La table soutient les âmes, les vestes et les manteaux sont posés sur une chaise en paille, à l’écart, à côté de la radio, peut-être... Chacun arrive au compte-gouttes, évadés du nombre, la petite porte et la cage d’ascenseur, le bouton du troisième étage qui est à moitié défoncé, les graffitis dispersés sur le mur puis la sonnette qu’on évite de justesse, le couloir est juste assez éclairé, on frappe doucement à l’entrée, la porte s’ouvre et la lumière inonde de chaleur le visage du nouvel arrivant. Cela ressemble à la réunion secrète d’une puissante confrérie qui vient remuer les pâtes, grignoter un morceau ou embrasser le génie du lieu. Parfois, une bouteille de champagne passe à travers le plafond pour tomber en une fine pluie étincelante dans nos coupes. Les rires grimpent aux murs retrouver la musique. Les absents ne le sont pas longtemps. C’est toujours à l’occasion de ces quelques heures du soir ou de la nuit que l’on découvre l’étendue de sa fatigue, de son usure. La solitude a des contours moins tranchants. Les langues ne se délient pas plus qu’à l’ordinaire, les gestes ne se font pas plus naturels et les yeux cherchent en silence. Les mains agrippent les bords de la table, caressent le dossier ou la joue, le rire devient nécessairement nécessaire et communicatif, la lumière se défait dans les cheveux des filles, la poésie arrive à se faire entendre, le silence à se faire écouter, même au cœur des phrases. Les apparences et les vies se laissent voir, l’innocence et les secrets dévoilés, la nuit effleure les peaux et les pieds qui se balancent d’impatience, elle rapproche le visible, le pouvoir de deviner en un souffle, de trouver le caché derrière, les défenses tombent, il fait nu, il fait nuit, les mistrals gagnants s’oublient dans nos oreilles, tout est affaire de temps et l’on sort épuisé de l’avoir gagné... Les souvenirs se ramassent à la pelle. La fin de la soirée. Pas de détails, c’est l’émotion qui joue, sans pour autant trouver les mots. Il y a toujours quelqu’un pour chuchoter Ca me rappelle... ou Vous vous souvenez de... , comme pour lui-même, alors que la vie entière se trouve concernée par les lambeaux de mémoire qui surgissent par delà les flammes vacillantes des bougies blanches. Moi, justement, j’ai retenu le retour de Sophie, la première fois depuis tant de mois qu’elle se trouvait parmi nous, parmi moi, et le champagne aussi, l’obscure clarté sur le balcon, la douceur de la nuit et de ses mains, lorsqu’elle a pris les miennes, l’univers s’était vidé en un instant, Raphaëlle la dernière à nous quitter, la mélodie du silence avait vite gommé les erreurs dans les mots et la voix, et elle sur le canapé en face de moi à dormir assise la bouche légèrement entrouverte, j’entendais sa respiration et d’un coup elle a ouvert les yeux et m’a regardé et nous avons attendu attendu oh bien sûr la vie n’est rien d’autre que ça presque toujours et aucun sourire le masque dormait les yeux ouverts les détail me font vomir ce que c’est que la vie des détails moi je regardais juste à deux mètres Sophie qui frissonnait dans l’obscurité ce n’était pas une vraie nuit j’aurais voulu lui dire et elle était là tout en étant ailleurs je n’avais plus d’alcool dans le cerveau ou quasiment, il y avait deux pièces sur l’échiquier bleu océan. J’aurais voulu penser la qualité du silence, la discrétion des couleurs, la beauté du relief, la solitude, légère, le soleil qui se désagrège doucement derrière les nuages de pourpre à Durango, Colorado, une pieuvre disparaissant derrière son encre, c’était d’ailleurs simple, on se serait cru au fond de la mer, observant la beauté des coraux, la plénitude infinie de l’océan, l’ombre portée par le ciel au delà de l’écume nuageuse. Et moi qui cherchais mon souffle, cherchant Sophie à côté de moi, prête à me donner de l’air., je lui offrais mon cœur... Au bout d’un moment, elle se lève. Sans bruit. Me sourit. Ce sourire qui me lève des coins de ciel bleu même en plein orage, cette fille est un arc-en-ciel. Ca va ? je fais. Elle : Oui, ça va mieux, la cure a été bénéfique je crois. La manière dont elle dit ça, si absente et si usée. Je me suis levé à mon tour et je l’ai tout de suite prise dans mon bras Content de te retrouver, ma grande je murmure et le poids dans mes poumons s’accentue ses cheveux sentent bon, et sur mon épaule elle regarde par la fenêtre les étoiles, les fêlures aux coins des immeubles, la folie, les traces du temps qui s’en va. Elle sait, veut peut-être, moi je ne peux plus, mon amie qui pleure maintenant tout doucement J’ai été malheureuse, tu sais, vous m’avez manqué, et je réponds C’est fini maintenant, on est là, tu nous as beaucoup manqué aussi, mais je sens venir le terrible, elle veut dire des choses Tu sais... et moi je ne veux plus savoir juste ses bras et son poids et mes yeux qui débordent oh, si tu savais, toi... Amsterdam est finie pour nous, le passé est loin sous l’eau, les années de brume et toi dans mes bras comme il y a si longtemps, dans le soleil et l’air qui tremble de toutes ses feuilles mortes Tu ne dois rien dire, c’est à toi, ça sert à quoi de me le dire, chut ! Mon amour, c’est fini, nos mains étreignent nos corps en vain ce n’est plus la même chose, viens, mieux vaut s’arrêter... Nos deux ombres se décollent, il est tard, nos paupières se closent sur les rivières lucides et amères et nous nous endormons, sa tête contre la mienne, je n’ose pas la regarder je ne sais plus la regarder les lumières s’éteignent et ses cheveux glissent sur ma joue et c’est la fin.
Je suis parti avant son réveil, lâche, juste un mot Désolé, un mot mouillé, et sa réponse le soir de sa petite écriture en dessous, une phrase que je n’ai jamais réussi à déchiffrer, j’ai tout mis à la poubelle, la force était revenue et la solitude du coureur de fond aussi, mais nous n’avons pas le droit de craquer, personne, et ce sont mes soirées préférées.